Zoom sur Thomas DEHOUX, chargé de recherches au CNRS à l’Institut Lumière Matière

Physicien spécialisé en mécanique à l’interface avec la biologie, Thomas Dehoux est chargé de recherches au CNRS à l’Institut Lumière Matière. Il a obtenu la médaille de bronze du CNRS en 2013 pour ses recherches en imagerie opto-acoustique pour la biologie qu’il applique aujourd’hui à la physique du cancer.

Vous êtes le coordinateur du projet PoroTume, lauréat de l’appel à projets Générique 2017 de l’ANR. Quels sont les objectifs de ce projet ?

Notre projet a pour but de développer une nouvelle méthode d’imagerie quantitative sans marqueurs pour caractériser l’efficacité des agents anti-tumoraux. Pour cela nous utilisons des lasers pulsés pour créer des ondes acoustiques d’amplitude infinitésimale dans les tissus et ainsi obtenir, à l’instar de l’échographie mais avec une résolution micrométrique, des images des propriétés mécaniques (rigidité, viscosité). Notre interprétation du rôle biologique de ces propriétés mécaniques, un domaine émergent qu’on appelle la mécanobiologie, permettra de définir de nouveaux indicateurs de l’efficacité thérapeutique pour les tests in vitro, mais également de prédire le comportement tumoral et ainsi complémenter l’analyse histologique.

Ces dernières années, l’étude des propriétés mécaniques de l’environnement tumoral est d’un intérêt grandissant. Quels sont selon vous les enjeux de la mécanobiologie appliquée au cancer ?

Une description intégrée des tumeurs incluant les propriétés mécaniques permettra une meilleure compréhension du lien entre structure et fonctionnalité biologique. Ainsi, des solutions innovantes pour le contrôle des tumeurs et la conception de traitements anti-cancers pourront être développées en intégrant les barrières physiques qui limitent l’efficacité thérapeutique, voire même en ciblant les acteurs moléculaires qui régulent les propriétés mécaniques. Par ailleurs, la définition de nouveaux indicateurs phénotypiques propres à chaque patient pourra compléter l’arsenal du clinicien pour le guider dans ses décisions interventionnelles.

Le CLARA a inscrit, comme prioritaire, dans sa feuille de route 2018-2022 cette thématique de recherche. Quelles perspectives à l’échelle régionale cela représente-t-il ?

La mécanobiologie est un domaine en plein essor qui nécessite des partenariats forts entre des disciplines complémentaires, mais éloignées (physique, biologie, chimie…). La région AuRA rassemble beaucoup de ces compétences et il est nécessaire de coordonner les efforts des différentes équipes de recherche en biophysique au sens large. L’initiative du CLARA facilitera la mise en place d’un réseau interdisciplinaire décompartimentalisé, notamment avec les acteurs régionaux de la cancérologie et de l’industrie, pour accélérer la translation vers la clinique. La région AuRA nous a également confirmé son appui dans cette démarche dans le cadre du programme de Soutien aux Coopérations Universitaires et Scientifiques Internationales.

12/01/2018


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